l'Afrique du 21ème siècle

Un nouveau type de « bien mal acquis » en république du Congo : le énième mandat du dictateur Sassou Denis

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Par Djess dia Moungouansi

Le président congolais Denis Sassou NGuesso

Dans cette tribune, l’ex-professeur d’université Djess dia Moungouansi, fin observateur de la vie politique congolaise, dénonce la dictature mise en place par Denis Sassou Nguesso, incitant ses compatriotes à prendre leur destin en main.

« Une dictature est un pays dans lequel on n’a pas besoin de passer toute une nuit devant son poste pour apprendre le résultat des élections. » Georges Clemenceau

Le 21 mars dernier, le bal des malfrats a bel et  bien eu lieu en République du Congo, et comme on pouvait le redouter, la situation de ce pays va s’assombrir, allant  de Charybde en Scylla. Ces farces électorales qui se succèdent et se ressemblent ne font plus rire personne. Ce régime d’abjection et de la putréfaction  va contraindre inexorablement ce pays,  au demeurant immensément riche, à poursuivre le déclin amorcé depuis le coup d’Etat sanglant perpétré par le satrape d’Oyo en 1997. N’en déplaise à certains  aficionados, et que cela soit définitivement acquis : Sassou Denis 77 ans dont 37 ans cumulés à la tête de ce pays, ne quittera jamais le pouvoir par les urnes si le peuple Congolais grugé et  meurtri  ne s’organisait pas dans le cadre d’une mobilisation citoyenne de toutes les couches de la société qui auraient toutes à cœur de créer le rapport de force favorable pour  garantir la vérité des urnes. 

Ce coup de trop aura un … coût : une victoire à la Pyrrhus

On peut retourner la question dans tous les sens, la forte corrélation entre  le décès de Guy Brice Parfait Kolelas et l’élection présidentielle du 21 mars 2021 est établie. Indubitablement. Ce décès tragique, fait sans précédent pourtant prévu par l’article 70 de la constitution de Novembre 2015, n’a pas ébranlé la gloutonnerie du pouvoir du « dictateur cinq étoiles » qui ne s’est pas gêné de s’autoproclamer une fois de plus élu avec un score stalinien. Une fois de plus, c’est l’ignominie qui éclate dans toute son horreur.

Sassou Denis et son système  ont cru qu’il était possible  d’annihiler les effets dévastateurs de ce scandale électoral en précipitant la proclamation des résultats, histoire de mettre l’opinion nationale et internationale devant un fait accompli. Les résultats provisoires et définitifs proclamés respectivement par Raymond Mboulou, ministre de l’intérieur  et par le membre du comité central du Parti Congolais du Travail (PCT) Auguste  Iloki et accessoirement Président de la Cour constitutionnelle,  étaient tout bonnement concoctés dans les officines d’Oyo, à mille lieues de la vérité des urnes. L’image emblématique véhiculée dans les réseaux sociaux mettant en évidence des urnes non dépouillées de la Mairie de Talangaï alors que les résultats étaient publiés, est un véritable pied de nez à leur tricherie éhontée.

Le message-testament de Guy Brice Parfait Kolelas.

En toute chose, et en politique notamment, il faut soigner son  entrée, mais il faut plutôt soigner sa  sortie,  car souvent, c’est le dernier souvenir qu’on garde de soi  après votre passage sur la terre des hommes. L’image insoutenable de Guy Brice Parfait Kolelas sur son lit d’hôpital se battant contre la mort est celle qui restera gravée dans la mémoire collective des Congolais. Son message en terme de testament aura d’une façon ou d’une autre un important impact dans la perspective de libération du Congo du joug de la dictature incarnée par le général Sassou Denis. Le besoin de changement exprimé par Guy-Brice Parfait KOLELAS donne plus de sens à un impératif : le rassemblement des forces patriotiques pour la restauration et la refondation de la démocratie au Congo, dans la voie ouverte par la Conférence Nationale Souveraine de 1991.

On ne connaît ni les circonstances de l’enregistrement de ce message ni l’état de sa lucidité puisqu’il était déjà rongé par la maladie et/ou par le poison. Plus de deux semaines après son décès, l’autopsie se fait attendre jusqu’à ce jour.

Dans nos coutumes bantoues, les dernières paroles d’un illustre disparu sont sacrées. Toutefois, étant lui-même sceptique quant à la transparence de ce scrutin, son message-testament demandant d’aller voter au lieu de galvaniser son électorat pour une véritable révolution, était non abouti, du moins imprécis. Seule une révolution visant le remplacement de l’ancien système par un nouveau, un changement radical des hommes et femmes viendrait à bout de ce système qui fait peser d’inimaginables calamités sur nos populations.  Qu’à cela ne tienne, les soupçons de collusion de GBPK avec ce régime étaient infondés et l’on retiendra de lui une personne aux convictions chevillées au corps, décidée d’en découdre avec l’Etat-PCT pour mettre un terme à 40 ans de népotisme, de gabegie et d’appauvrissement généralisé des populations. On ne peut aucunement mettre en cause sa volonté, mais est ce que sa stratégie basée sur les urnes pour renverser une dictature bien installée dans les coins et recoins du Congo était-elle la bonne ? Il n’est malheureusement plus là pour apprécier avec le peuple  cette démarche, a posteriori.  

Comment et quand va s’écrouler  la dictature d’Oyo ?

Comme toutes les dictatures, l’Histoire nous apprend que celle du Congo va s’effondrer dans les trois cas suivants :

  • Si Sassou et ses spadassins  décident eux-mêmes de ne plus tirer    sur leurs habitants, comme on a pu l’observer en Union soviétique. Pour l’instant, il est hasardeux de parier sur cette hypothèse, tant, Sassou et son système n’accordent aucune valeur à la vie humaine. Pendant la campagne contre le referendum illégal de 2015, plus d’une quarantaine de jeunes périrent sous les balles de spadassins et autres mercenaires, grassement payés pour cette sale besogne. Sassou ne recula devant rien et demanda de poursuivre les assassinats jusqu’au repli total de la rue vociférante. Son dossier à la CPI a considérablement pris de l’épaisseur.  Pour rappel, un autre dictateur Blaise Compaoré, avait pris la décision plus ou moins salutaire de quitter le pouvoir dès qu’on  lui annonça la mort par balle d’une vingtaine de ses concitoyens. 
  • si une invasion venue de l’extérieur aide la résistance intérieure à en finir avec les tyrans. Pour l’instant, rien de probant sous le soleil susceptible d’alimenter de cette option.  C’est plutôt le général Sassou Denis qui, persuadé qu’il n’accèdera jamais au pouvoir par la voie des urnes, délogea, en plein jour et à coups de canon, le seul président élu démocratiquement au suffrage universel direct au Congo, Pascal Lissouba avec l’appui massif des rwandais, centrafricains, mais surtout des Angolais qui semèrent mort et désolation dans les régions du sud du Congo.
  • ou enfin si le peuple n’a plus peur qu’on lui tire dessus et vient envahir les palais et d’autres centres du pouvoir, comme ce fut le cas en Roumanie. Cette occasion s’est présentée le 27 septembre 2015 au boulevard Afred Raoul. Le peuple était prêt, mais les pseudos leaders avaient préféré parader, sans stratégie collective de déstabiliser la dictature.

Avec des « si » on déploierait toutes les hypothèses inimaginables, mais on ne  mettrait jamais Brazzaville en bouteille. Une chose reste constante, le système moyenâgeux incarné par le boutefeu d’Oyo est inapte à toute reforme, il est  par conséquent  voué à un effondrement un jour prochain. La question n’est pas de savoir quand, mais plutôt au profit de qui, et  combien de temps faudrait-il à ce peuple au fond du gouffre pour  reprendre son destin entre ses mains.

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