l'Afrique du 21ème siècle

Trois questions à Mehdi Alioua : « La crise de Ceuta n’est pas migratoire mais diplomatique »

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Par Antoine Caburet

L’une des plages de l’enclave espagnole Ceuta, où s’échouent régulièrement des migrants à la recherche de conditions de vie meilleures (Capture d’écran)

Alors que la tension est à son paroxysme, entre le Maroc et l’Espagne, avec à la clé une flambée de la migration clandestine à Ceuta, Mehdi Alioua, docteur en sociologie spécialisé sur les questions de migrations internationales expose son point de vue sur les évènements se déroulant à l’enclave espagnole depuis plusieurs jours.

Entretien

Le problème de la migration à Ceuta est au centre de toutes actualités au point d’inquiéter en Europe. N’est-ce pas l’une des migrations les plus importantes au cours de ces dernières années ?

Je ne qualifie pas exactement cela de migration. Une migration, ou une personne migrante, est une personne qui a transféré son lieu de résidence dans un pays autre que le sien pour y vivre au moins 1 an. Ici, il s’agit d’enclaves en Espagne, et certains proviennent de rivages voisins juste de l’autre côté du rivage. Ce serait presque comme une ville divisée en plusieurs zones, je ne sais donc pas si l’on peut à proprement parler de migration. Mais il y a eu aussi des personnes migrantes qui ne sont pas marocaines mais qui résident au Maroc qui ont traversé en espérant rejoindre le continent Européen.

Il y a certainement également beaucoup de Marocains qui sont passés à Ceuta en pensant qu’ils allaient pouvoir repartir vers l’Espagne. Malgré tout, je pense que la majorité savait que ce n’était pas possible, car il y a des accords, et que l’on renvoie, même parfois les mineurs automatiquement de l’autre côté.

Quelles sont les causes de ces migrations ?

Les causes de migrations sont vraiment nombreuses : un oncle malade, la perte d’un être cher, le travail, les études… Il y a quasiment autant de causes que de migrants. Mais la cause des migrations de Ceuta provient de la cogestion par le Maroc et l’Espagne de cette même frontière. Or, le Maroc ne trouvant pas vraiment son compte dans cette cogestion et réalisant que l’Espagne ne lui apportait pas grand-chose en échange de ses services, à arrêter de surveiller la frontière. En effet, le Maroc n’a plus de raisons, car il ne cogère pas vraiment la frontière et n’est plus qu’un supplétif si l’Espagne ne le considère pas comme un partenaire.

Les évènements à Ceuta peuvent-ils donc être inclus dans le registre migratoire ?

La crise de Ceuta n’est pas une crise migratoire, mais une crise diplomatique entre le Maroc et l’Espagne. Il s’agit d’une crise territoriale, frontalière où des nations se disputent, d’une certaine manière, la territorialité de certains espaces.

Mehdi Alioua est docteur en sociologie et professeur de sociologie, notamment sur la question des migrations internationales depuis 2003. Il est également rédacteur en chef d’une revue académique, Afrique(s) en mouvement, dont déjà trois numéros sont parus, et le quatrième sortira dans quelques mois

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