l'Afrique du 21ème siècle

Sommet Afrique-France : Tout s’est passé comme prévu pour l’Elysée

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Par l’association Survie

Le sommet Afrique-France à Montpellier, le octobre 2021

Vendredi 8 octobre, ce qui était redouté et annoncé [1] est arrivé : le président Emmanuel Macron a été « bousculé », comme le commente la presse, par les questions des jeunes invité.e.s à Montpellier par l’Elysée pour débattre de la relation franco-africaine. Puis, il a fait quelques annonces présentées comme le prélude à la « refondation » de cette relation, mais qui évitent soigneusement les aspects structurants de la Françafrique : 

  • le franc CFA n’a été abordé que sous l’angle de réformes pilotées depuis Paris, Emmanuel Macron osant même dire « On doit réussir à bâtir une vraie monnaie régionale » [2] ;
  • à l’interpellation sur le militarisme français, il s’est à nouveau caché derrière la « demande » des chefs d’État africains (dont cette fameuse « jeunesse africaine » voudrait pourtant se débarrasser !), sans évoquer la coopération militaire qui bénéficie à leurs appareils répressifs ;
  • l’aide au développement est présentée sous le terme « d’investissement solidaire » et il est évoqué de rebaptiser l’agence française de développement (AFD) mais en continuant d’en faire l’opérateur pivot de l’influence économique et politique française ;
  • la question sur le scandale des politiques anti-migratoires a été balayée, au nom de la « complexité » du sujet ;
  • la demande d’un pardon pour les crimes coloniaux et néocoloniaux est écartée au nom d’une politique de « reconnaissance ». Rappelons qu’Emmanuel Macron a pris soin en mai dernier d’éluder les modalités concrètes du soutien français aux génocidaires Rwandaise et n’a jamais eu un mot concernant la guerre secrète que la France a mené au Cameroun de 1955 à 1970. Deux exemples parmis tant d’autres ;
  • la création d’un « Fonds d’innovation pour la démocratie en Afrique » est annoncée, en contradiction totale avec le soutien effectif à des dictatures comme le Tchad, le Cameroun ou le Congo-Brazzaville. Il sera doté de 10 millions d’euros par an, une bagatalle au regard du milliard de coût annuel lié aux opérations militaires extérieures françaises [3].

Pour Pauline Tétillon, co-présidente de Survie, « ce sommet atteint pleinement les objectifs que l’Elysée lui avaient fixés : la relégitimation de la politique africaine de la France. Les autorités françaises s’appuient pour cela sur quelques jeunes Africain.e.s qu’elles s’arrogent le droit de qualifier de « pépites », comme si les autres n’étaient que de vulgaires cailloux. Quant aux deux militants sans-papiers arrêtés à Montpellier et enfermés en Centre de rétention administrative alors qu’ils venaient depuis Paris faire entendre leur voix, ils ne seraient que des grains de sable pris dans cette machine à broyer ? »

La même semaine, la publication de l’ouvrage collectif L’Empire qui ne veut pas mourir. Une histoire de la Françafrique (Le Seuil) [6], auquel des membres de Survie ont largement contribué, permet de resituer cette prétendue « rupture » dans l’histoire longue des relations franco-africaines : des décennies d’adaptation au contexte, forcément changeant selon les époques, pour maintenir une relation de domination au profit d’élites françaises et africaines. Après les précédentes annonces de « rupture » (avec Nicolas Sarkozy, puis François Hollande), celle de ces jours-ci innove peut-être dans la forme, mais l’écran de fumée aura tôt fait de se dissiper.

Contact presse : communication@survie.org

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