Sénégal : « S’il n’y a pas d’eau dans notre village, comment se laver les mains contre la covid-19 ! »

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Par Djibrirou Mbaye

Des femmes et fillettes de Bondji creusant dans le sol pour trouver de l’eau (Crédit photo. Djibrirou Mbaye

A Bondji, dans le nord du Sénégal,

Plongé dans un manque criard d’eau depuis des décennies, Bondji, un village situé dans la commune de Bokiladji, dans le département de Kanel, dans le nord du Sénégal, est aujourd’hui sorti de l’anonymat grâce à des images insoutenables diffusées sur les réseaux sociaux de femmes creusant dans des marigots pour tenter de récupérer de l’eau. L’accès à l’eau potable demeure en effet problématique pour les 3000 âmes qui vivent dans cette zone. Pour étancher leur soif, de nombreuses femmes et les plus jeunes sont contraints de creuser au sol à une dizaine de kilomètres de la localité, pour espérer se procurer le liquide précieux. L’eau potable, l’électricité, la couverture sanitaire…tous ces besoins de première nécessité que l’Etat est censé fournir sont absents de cette contrée ou la vie quotidienne est rude. Reportage.

A Bondji, avoir une simple bassine d’eau est un vrai parcours du combattant. Sous le soleil de plomb, de nombreuses femmes parcourent des kilomètres, à la quête de l’eau des ravins, jadis réservées pour l’abreuvage des animaux domestiques.

Des habitants de Bondji à la recherche de l’eau (crédit photo. Djibrirou Mbaye)

« Des femmes ont accouché dans les lieux de récupérations des eaux ! »

Mariame Touré, trentenaire, est une habitante de cette localité. Elle ne cache pas sa colère : « Nous avons plus de sommeil, l’eau se trouve à des kilomètres du village. Nous sommes très fatigués de cette situation, c’est des navettes a n’en plus finir entre les ruisseaux et la localité », fustige-t-elle. «  Depuis le conflit qui a opposé le Sénégal à  la Mauritanie, nous buvons l’eau des marigots. Pendant la saison sèche, ces ravins nous servent de lieu pour trouver de l’eau même si elle est de mauvaise qualité », raconte-t-elle. « Le seul puits que compte le village est d’une profondeur de 30 m. Le problème c’est que ce puits se tarit vite en raison de la forte demande d’eau dans cette localité », regrette la jeune femme d’une voix tremblante. Selon elle, la solution serait la construction d’un  château d’eau conforme afin d’atténuer leur souffrance quotidienne. Pis, Mariame affirme aussi que des « femmes ont accouché dans les lieux de récupérations des eaux », rendant l’eau impropre à la consommation.

Une femme du village de Bondji qui tente de trouver de l’eau (crédit photo. Djibrirou Mbaye)

« Nous ne nous sommes même pas lavés aujourd’hui car nous n’avons pas d’eau actuellement »

Pour sa part, Samba Oumar qui vit aussi à Bondji pointe du doigt le maire de la localité de Bokiladji, Alassane Mbaye Thiam, qui avait récemment déclaré que la situation est rétablie dans la commune. «  C’est faux de dire que le problème est réglé ! Le maire fait dans la manipulation ! Nous ne nous sommes même pas lavés aujourd’hui car nous n’avons pas d’eau actuellement! », peste le père de famille déboussolé.

Une bassine d’eau non potable, à Bondji (crédit photo Djibrirou Mbaye)

« Il y a des villages qui souffrent plus du manque d’eau que Bondji », selon le maire

Des accusations que rejettent le maire, joint par téléphone par AP21, remettant en cause les images diffusées sur le web des habitants de Bondji allant chercher le liquide précieux par leurs propres moyens. Il assure pourtant que neuf forages ont été construits dans sa commune, dont trois à Bondji, mais sans eau. Selon lui, dans cette zone aride, il est très difficile de trouver de l’eau : « De Yérimalé, dans la commune d’Aouré, à Kédougou, c’est le même problème. Depuis l’ère du père de l’indépendance sénégalaise, Leopold Sedhar Senghor, toutes les initiatives ont presque échoué. C’est aussi le cas de ma commune. Le problème se trouve au niveau de la roche, il n’y pas de nappe phréatique », défend-t-il, arguant dans la foulée qu’il y a des villages qui souffrent plus que Bondji du manque d’eau potable. « Aujourd’hui, pour trouver de l’eau dans cet endroit, l’unique solution c’est de transférer l’eau de Dembacani à Bondji  à partir du fleuve, situé à 17 kilomètres. On en avait même parlé à l’époque au ministre de l’Hydraulique, Mansour Faye, lors du Comité régional de développement, en 2018 », renchérit le responsable, précisant qu’un cabinet avait déjà fait l’étude technique et évalué le coût du projet à plus d’un milliard de Fcfa.

De son côté, face à la propagation du coronavirus, le directeur de l’école de Bondji, Idy Ba, tire la sonnette d’alarme : « S’il n’y a pas d’eau à la maison et dans le village, comment peut-on procéder au lavage des mains pour éviter la covid-19 ! », soulignant que « depuis l’hivernage, la pluie a détruit les puits qui existent au village et les populations boivent les eaux provenant des ruisseaux, non potables ».

Face à la situation, le maire a tenu à rassurer les populations, assurant que des « techniciens ont été déployés sur les lieux et sont à pied d’œuvre pour régler le problème ». Des affirmations dont les populations de Bondji attendent des actes concrets pour l’amélioration de leur quotidien, qui leur permettra aussi sans doute d’être mieux armés contre le coronavirus.

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