l'Afrique du 21ème siècle

Sénégal : La « Sall politique » de Macky désamorcée par la révolte des jeunes!

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Par Toutouna Soumaré

Un manifestant réclamant la libération d’Ousmane Sonko, au monument de la paix, à Ziguinchor, en Casamance, dans le sud du Sénégal. (Capture d’écran vidéo)

L’activiste Guy Marius Sagna, coordonnateur du mouvement Frapp/France dégage et plusieurs autres personnes arrêtées en marge de l’affaire Sonko ont été libérées mercredi, 25 mars. En plus de celle de l’opposant Ousmane Sonko, les protestataires exigeaient aussi leur libération. Il faut dire que les jeunes qui se sont soulevés ont eu raison de la politique du chef de l’Etat envers ses opposants.

« C’est une nouvelle ère pour le Sénégal. Ensemble nous allons nous mettre au travail », avait pourtant annoncé Macky Sall, lors de son premier discours, qui a suivi sa victoire à la présidentielle le 25 mars 2012. Neuf ans après, c’est la désillusion alors que le peuple avait porté ses espoirs en lui… Non seulement il n’y a pas eu de nouvelle ère mais le pays a même régressé sur plusieurs plans.

Ousmane Sonko, l’opposant interpellé de trop!

Jamais les acquis démocratiques n’ont été autant bafoués que sous le régime de Macky Sall où tous les opposants sérieux sont malmenés : Le 3 mars 2012, Karim Wade, fils de l’ancien président Abdoulaye Wade, est arrêté puis emprisonné pour enrichissement illicite. Le 3 mars 2017, c’est au tour du maire de Dakar, Khalifa sall, soupçonné de malversations financières, de passer par la case prison, et quatre ans après, le 3 mars 2021, le leader de Pastef, Ousmane Sonko, subit le même sort. Il est interpellé pour « troubles à l’ordre » alors qu’il se rendait devant le juge après avoir été accusé de viol par une employée d’un salon de massage. C’était visiblement l’interpellation de trop que la jeunesse n’a pas pu ravaler, entraînant un soulèvement populaire dans tout le pays.

Au-delà de l’affaire Sonko, c’est avant tout un rejet de la politique en cours que les jeunes ont exprimé. Face à l’injustice permanente, à la dégradation de leurs conditions de vie et au chômage de masse, dont ils sont les principales victimes. Au Sénégal, les foyers n’arrivent plus à joindre les deux bouts. Se soigner est hors de prix. L’école s’est effondrée. Les infrastructures, en dehors de ceux que les investisseurs étrangers utilisent, sont en lambeaux. Certes, la vitrine du Sénégal est belle de l’étranger. Avec la découverte des gisements de pétrole, jamais le pays n’a en effet, été en si bonne position financière.  D’autant que le pétrole est une garantie permettant à l’Etat de contracter des prêts colossaux, censés être injectés dans le Plan Sénégal émergent de Macky Sall, dont il assure être la solution pour développer le Sénégal. L’argent coule donc à flot dans le pays mais le peuple a faim. Manger trois repas par jour n’est plus possible pour la grande majorité des populations. Chaque famille doit se contenter d’un repas par jour. Pendant que le président grossit le Sénégal maigrit, ironisent certains internautes, qui dénoncent la poignée de personnes autour du pouvoir qui vivent dans l’opulence et alourdissent leurs poches des deniers publics tandis que la grande majorité croupit dans la misère.

Même « la mer a été vendue »

Certains vont même jusqu’à se demander si Macky Sall gouverne pour le Sénégal ou pour les investisseurs étrangers qui raflent finalement la mise  sur l’échiquier politique du pays, avançant chacun leur meilleure carte pour en tirer davantage de profit. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les enseignes françaises ont été particulièrement visées durant le soulèvement des jeunes, qui savent qu’ils ne bénéficieront jamais des immenses bénéfices que font Auchan, Total ou Orange.

En avance sur ses dirigeants, la jeunesse a rétabli les équilibres

Peut-on toutefois reprocher aux investisseurs étrangers, dont le principal objectif, est de faire du profit, de s’accrocher au Sénégal comme la prunelle de leurs yeux? La question à se poser est pourquoi les dirigeants africains comme Macky Sall sont incapables de défendre les intérêts de leur pays et de leurs populations, plutôt que de penser qu’à se maintenir au pouvoir et par tous les moyens, quitte à le vendre aux intérêts étrangers. Au Sénégal même « la mer a été vendue » au point que les pêcheurs n’ont plus de poissons à pêcher. Une situation qui les contraints à pêcher dans les eaux mauritaniennes où à leur arrivée ils sont tués dans l’anonymat la plus stricte.  Les plus jeunes d’entre eux préfèrent quitter le pays en embarquant dans des pirogues pour rejoindre les côtes européennes ! Pas moins de 480 migrants, essentiellement des pêcheurs, ont péri noyés en l’espace de quelques jours en octobre dernier. 

Bien que l’affaire Sonko ait déclenché le soulèvement populaire qui a attisé la curiosité du monde entier, tant le Sénégal est vu comme un îlot stable, où règne la paix, il dépasse largement la personne du leader de Pastef. Ce qui a poussé les jeunes à manifester leur colère, ce sont avant tout les frustrations accumulées des populations usées par leur quotidien et le règne de l’injustice face à un pouvoir, qui n’a même pas le courage d’organiser les élections locales, constamment repoussées et qui se font toujours attendre.

Désormais, une nouvelle ère incarnée par la jeunesse, qui réclame une manière de faire autrement la politique, est en marche et personne ne pourra l’arrêter. En se révoltant contre un pouvoir qui l’étouffe, elle a rétabli les équilibres pour sauver son avenir.

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