l'Afrique du 21ème siècle

Côte d’Ivoire : la recherche d’un remède miracle contre le covid-19 ronge flore et faune

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Par Cyril Verb

A Abidjan,

Côte d’Ivoire, Pêcheurs en pirogue, région des 18 montagnes, Lac du Buyo, Y.Gildas

 La crise du coronavirus est devenue une pandémie mondiale à cause de la dégradation de notre environnement, signalent plusieurs scientifiques. En Côte d’Ivoire, où le cap des 1 000 malades du covid-19 est passé depuis avril, cette alarme pour la préservation de la nature n’est pas encore appréhendée comme une urgence. Des agressions contre la faune et la flore locales se multiplient dans cette crise sanitaire, où beaucoup sont à la recherche du remède miracle. Certains n’hésitent aussi pas à recourir à la chasse d’animaux sauvages, dont la consommation est interdite par les autorités, qui les considèrent comme de potentiels vecteurs du virus.

En Côte d’Ivoire, le coronavirus n’épargne pas l’environnement. Dès l’apparition du virus à Abidjan, devenue depuis l’épicentre de cette maladie, de nombreuses populations se sont réfugiées dans l’intérieur du pays et les villages. Un exode aux multiples impacts environnementaux. Si certains citadins profitent de l’occasion pour sensibiliser leurs parents en campagne, d’autres ont recours à la chasse pour satisfaire leur envie de gibiers. Considérés comme étant des vecteurs de virus, la consommation d’animaux sauvages est interdite. Mais cette interdiction ne dissuade pas certains d’en consommer. L’on se souvient de ces maquis qui servaient clandestinement de la viande de brousse ou encore ces familles entières qui bravaient cet interdit au plus fort de la crise d’Ebola dans la sous-région il y a quelques années, qui a fait près de 11 000 morts en Afrique de l’ouest.

Augmentation de la chasse d’animaux sauvages pour combler la faim

Cette fois encore, plusieurs cas d’incivisme et de non respect des mesures de prévention sont signalés régulièrement. L’on se permet même de s’en vanter en public. Sur la toile, des personnes, gibiers en main, postent photos et commentaires pour exprimer une sorte de fierté. Pour les férus de la chasse , « c’est une occasion de se rattraper », car « en ville, il est très difficile de se procurer de la viande de brousse ». Il faut dire que le gibier se fait de plus en plus rare, en effet, dans le pays. D’autant que la Côte d’Ivoire a perdu l’essentiel de son couvert forestier ces dernières années.  

Les réserves naturelles aussi ne sont pas épargnées par la chasse.  Dans les alentours du parc national d’Azagny, dans la région des Grand-ponts, les quelques singes et autres animaux présents font l’objet de convoitise chez certains villageois encore plus motivés à chasser, estimant avoir des difficultés à subvenir aux besoins de leur subsistance. Mobile ? Le ralentissement des activités économiques pour une population marquée par l’informel. 

« La demande du vin de palme a augmenté avec le confinement »

En raison de cet amaigrissement des ressources financières des ménages, la flore tout autant que la faune subissent des agressions multiples. À l’intérieur du pays, les palmiers, par exemple, ne sont pas épargnés. Ils sont détruits pour l’extraction de leur cœur, nourriture très prisée dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Mais, l’acharnement sur cette plante ne s’arrête pas là. Les palmiers sont aussi abattus pour en extraire leur sève, qui permettra la production du vin de palme, ou « Bandji » en langue locale, une boisson consommée dans plusieurs régions de la Côte d’Ivoire.  Le « Bandji » a envahi de nombreux domiciles à Grand Lahou, à 152km d’Abidjan, au sud du pays, qui accueille un grand nombre de familles provenant de plusieurs localités environnantes, fuyant le foyer de la maladie. Une manière de faire face à la fermeture des maquis, bars et autres espaces de détente. Selon l’un des plus grands extracteurs de vin de palme sur place, surnommé « Douk-Saga », âgé d’une cinquantaine d’année, qui s’est confié à AP21, « la demande a considérablement augmenté avec l’annonce du confinement et l’arrivée des personnes issues de l’exode ».

Il coupe  chaque semaine une dizaine de palmiers pour satisfaire une clientèle de plus en plus grandissante. Les palmiers dans les plantations tout comme les plantes qui poussent naturellement sont au cœur de l’activité de Douk-Saga. De même, la culture du palmier à huile est présente dans plusieurs zones de la Côte d’Ivoire notamment au Sud, où des milliers d’hectares de forêts sont  détruits pour laisser place aux plantations de palmiers.

 La fièvre de la chloroquine…

La faune et la flore sont également rongées actuellement car un grand nombre de personnes est à la recherche de traitement contre le virus. L’annonce de l’efficacité présumée de la Chloroquine contre le covid-19 en a incité beaucoup à se ruer vers les plantes sensées soigner le paludisme. Dans l’opinion, ces plantes contiennent les mêmes principes actifs que la chloroquine vendue en pharmacie.

Des branches entières coupées. Des écorces arrachées pour laisser des arbres tout nus. Le phénomène est présent en ville comme en campagne malgré les mises en garde des professionnels de la santé. « Ni le neem, ni autre plante similaire ne guéri ou prémuni contre le coronavirus », tranchent-ils. Toutefois, la croyance peine à se dissiper dans les esprits tant en ville qu’en campagne. Et peu importe où se situent ces plantes aux effets thérapeutiques présumés, la chasse aux trésors en mobilise plus d’un.

De ce fait, la nature, barrière contre les maladies infectieuses, encaisse les coups continuellement. Dans les instances gouvernantes des institutions internationales et autres organismes de défense de l’environnement, l’espoir d’une prise de conscience globale pour la protection de l’environnement ne se dissipe pas pour autant. Les appels se multiplient à l’endroit des gouvernants et des communautés de chaque pays. Il faut arriver à incruster des comportements écocitoyens à tous les niveaux !

En attendant, la saison des pluies s’annonce en Côte d’Ivoire. Une autre épreuve à laquelle le pays doit faire face quand on sait les risques d’éboulement et d’inondation dans plusieurs zones. Pour les experts, la croissance des risques d’inondation depuis quelques années est la marque du dérèglement climatique. Pas étonnant donc qu’Abidjan ait enregistré ces dernières années de nombreux morts dus aux inondations.

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