l'Afrique du 21ème siècle

Côte d’Ivoire : considéré comme un remède contre le coronavirus, la boisson locale « Koutoukou » fait des morts !

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La boisson locale Koutoukou (crédit photo.Cyril Verb pour AP21)

Par Cyril Verb

L’épidémie de coronavirus persiste en Côte d’Ivoire comme dans plusieurs pays du monde. En l’absence d’un remède conventionnel contre la maladie, des expériences multiples naissent chez des scientifiques comme chez des citoyens lambda sur le continent. En Côte d’Ivoire, la boisson locale  » Koutoukou », une liqueur artisanale, est perçu par certains Ivoiriens comme une potion capable de prévenir le covid-19. Sa consommation grimpe mais a également provoqué la mort de près d’une dizaine de personnes.  

Dans ce pays d’Afrique de l’ouest, le recours aux plantes et autres médecines traditionnelles est très répandu. De maladies bénignes aux plus graves comme l’AVC, on trouve des personnes qui affirment détenir les remèdes à diverses maladies. À l’avènement de la crise sanitaire du coronavirus en Côte d’Ivoire, l’élan ne s’est pas rompu. Nombreux sont ceux qui confèrent des vertus thérapeutiques au « koutoukou », boisson locale très appréciée par la population,  notamment contre le coronavirus. C’est avec force que les uns et les autres démontrent son efficacité devant quiconque affirmant son scepticisme. Pour les défenseurs de cette théorie, le principe est simple: si le coronavirus ne supporte pas la chaleur, il ne peut pas non plus résister au koutoukou. Selon ces personnes, la forte teneur en alcool de cette boisson peut venir à bout du virus lors de son incubation dans la gorge.

« Le coronavirus ne peut pas s’attaquer à un bon consommateur de koutoukou »

Cette eau-de-vie obtenue par la distillation du vin de palme ou de sucre combiné avec de la levure peut faire cuir de la viande fraîche, fait-on savoir. Sa première extraction,  dite 1er degré, peut également servir de combustible pour l’allumage de feu de chauffe ou même de carburant pour les motos, expliquent plusieurs sources. Des arguments qui asseyent la conviction d’une possible efficacité contre le covid-19 dans l’esprit des populations. C’est le cas chez Arnaud, un consommateur quotidien de koutoukou. Pour cet ingénieur agricole, qui s’est confié à AP21, « le coronavirus ne peut pas s’attaquer à un bon consommateur de koutoukou avec toutes les propriétés reconnues à cette boisson ». Il se dit comme immunisé en buvant son koutoukou. Depuis des années maintenant, il en prend contre la faiblesse sexuelle, le paludisme et autres maux. Et, le koutoukou a toujours fait ses preuves, selon lui.

Du côté des autorités sanitaires, on reste formel : le koutoukou ne prévient ni ne guérit le coronavirus.  En outre, elles mettent en garde contre les risques sanitaires de la consommation de cette boisson surtout que le koutoukou, encore appelé Koundjadjo ou Gbêlê, est fabriqué dans des conditions d’hygiène et de sécurité troubles. Mais, qu’importe ! Dans les quartiers populaires à travers le pays, le koutoukou cèle l’égalité des genres malgré les mises en garde. Femmes comme hommes raffolent de cette boisson et se disputent les godets en cette période où on estime qu’il peut protéger contre le covid-19.

La mort au fond du godet…

Mais, au lieu de protéger, le koutoukou a plutôt fait des morts parmi ses férus. Neuf personnes ont perdu la vie après avoir consommé cette boisson. Le drame est survenu à Abidjan dans la commune populaire d’Abobo en avril. Les neuf victimes, habitants du même rayon géographique dans le sous quartier Belleville, ont par ailleurs en commun d’avoir consommé cette liqueur dans le même cabaret. « Elles sont décédées dans les mêmes conditions: douleurs abdominales, vertiges, vomissements », indique le Préfet de la ville d’Abidjan,  Vincent Toh Bi, arrivé sur les lieux du drame. Un énième drame qui alarme les gouvernants. En effet, ce n’est pas la première fois que le koutoukou tue dans le pays. Le cas le plus récent date de juin 2019. Dix  personnes sont mortes après avoir consommé ce breuvage dans un autre quartier d’Abidjan.

Incivisme-alcolisme, un cocktail qui pourrait aggraver la situation en Côte d’Ivoire

Aux dires de Vincent Toh Bi, il existe des risques d’enregistrement d’autres cas d’intoxication dans la commune d’Abobo voire ailleurs après ces nouveaux cas à Abobo. 2 300 litres de koutoukou ont été trouvés sur place chez un grossiste, entreposés dans de mauvaises conditions. Le grossiste peut avoir distillé une bonne quantité auprès de plusieurs vendeurs environnants ou dans d’autres zones, s’inquiète le préfet : « Dans ce genre de situation, il est difficile de savoir si les quantités suspectes ont approvisionné d’autres gbêlêdromes – cabarets- dans le Département d’Abidjan ». Pis, en cette période de crise du coronavirus, les risques sanitaires liés à la consommation de koutoukou sont accentués avec la réouverture des cabarets, maquis et autres espaces de détente à l’intérieur du pays. Une sorte de rattrapage s’installe quand les gestes de prévention passent après.

Pour certains observateurs, ce cocktail  incivisme-alcoolisme pourrait aggraver la situation en Côte d’Ivoire où la voie vers les 2 000 cas d’infections au covid-19 voir plus semble tracée. Le pays compte plus de 1 900 cas.

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