l'Afrique du 21ème siècle

Afrique : Quand des travailleurs du secteur informel doivent choisir entre mourir de faim ou s’exposer au coronavirus !

Share on facebook
Share on whatsapp
Share on linkedin
Share on twitter
Share on email

Par Enock Bulonza

Commerce informel (crédits.Photo libre de droit)

Rester à la maison pour se protéger et mourir de faim ou sortir chercher son gagne-pain et s’exposer au virus ? Focus sur l’impossible dilemme de nombreux travailleurs du secteur informel du continent, à l’heure du coronavirus.

Depuis février, l’Afrique est touchée par le coronavirus. Trois mois plus tard, la dernière mise à jour de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) fait état de plus de 95 000 cas confirmés, dont plus de 2 000 morts et plus de 30 000 cas déclarés guéris. Face au danger que représente cette pandémie, des gouvernements africains ont pris des mesures drastiques, tels que le confinement, pour limiter la propagation du virus qui ébranle le monde entier.

Toutefois face à ces mesures, certains observateurs maîtrisant les codes des sociétés africaines estiment que le revers de la médaille est son impact négatif sur le « travail informel », un secteur qui englobe plusieurs domaines, dont le commerce, l’automobile, la coiffure ou encore la pêche, considérés comme des refuges pour des milliers d’africains sans emploi.

Selon le rapport de la Banque mondiale sur la réduction de la pauvreté en Afrique, publié en Octobre 2019, la part des africains vivant dans l’extrême pauvreté a sensiblement reculé de 54 % en 1990 à 41 % en 2015 mais, compte tenu de la forte croissance démographique pendant cette période, le nombre de pauvres a en réalité augmenté, passant de 278 millions en 1990 à 413 millions en 2015.

«  Je quitte chez moi tôt vers 05h pour me rendre à Nairobi et vendre mes marchandises, mais actuellement c’est difficile de m’y rendre par peur de me faire arrêter »

Ainsi, le moins que l’on puisse dire est que le confinement appliqué dans plusieurs pays comme la République démocratique du Congo (RDC), le Kenya  ou encore le Congo constitue un handicap pour les travailleurs informels, dont un certain nombre assistent impuissants à la diminution de leurs ressources et doivent faire face à ce terrible dilemme : «Rester chez eux et mourir de faim ou plutôt prendre le risque de poursuivre leurs activités quotidiennes et subvenir tant soit peu aux besoins de leur foyer ? ».

Pour Maria Mwai , habitante de la banlieue de Kiambu, située dans la partie nord de Nairobi et commerçante des produits de première nécessité, qui s’est confiée à AP21, cette situation est de plus en plus intenable : « C’est depuis le début du mois d’avril que les autorités ont pris la décision de restreindre les mouvements dans la capitale Nairobi, une ville qui constitue notre lieu de commerce.  Je quitte chez moi tôt vers 05h pour me rendre à Nairobi et vendre mes marchandises, mais depuis la prise de cette décision, c’est difficile de m’y rendre par peur de me faire arrêter par les éléments des forces de l’ordre ».

« C’est très compliqué, nous n’avons pas de clients et ne savons plus comment vivre »

Cette réalité est la même au Congo, où des commerçants s’indignent contre la perturbation de leurs activités. « C’est très compliqué actuellement car la police surveille certains endroits de la ville et ne tolère pas les attroupements malheureusement. Nous n’avons pas de client et ne savons pas comment vivre. Nous n’avons pas non plus de compte en banque ou de provisions pour satisfaire nos besoins pendant cette période », déclare ce gérant d’un salon de coiffure, dans la ville de Pointe Noire, la capitale économique de ce pays d’Afrique centrale.

A Kinshasa, l’épicentre de la pandémie en République démocratique du Congo (RDC), il y règne à la fois l’inquiétude face à la conjoncture socio-économique et la détermination de ne pas respecter le confinement malgré la maîtrise de tous les risques qui peuvent s’en suivre.

« Je suis mère de cinq enfants, comment mes enfants vivront-ils si j’arrête mes activités ? Nos autorités n’ont pris aucune mesure d’accompagnement pour nous aider. »

« Nous sommes dans une période difficile mais nous n’avons pas de choix. Je suis mère de cinq enfants, je suis responsable d’une grande famille. Nos autorités n’ont pris aucune mesure d’accompagnement pour nous aider. Je n’ai pas de choix je poursuis mes activités quotidienne malgré le confinement. Comment mes enfants vivront-ils si j’arrête mes activités ? », interroge cette responsable d’un restaurant de fortune dans la commune de Lemba, à Kinshasa.

Des témoignages qui poussent de nombreux experts économiques à pointer du doigt la non prise de mesures d’accompagnements « du confinement » par les gouvernements africains et à s’interroger. Face au déséquilibre des ménages en Afrique, faut-il recourir au déconfinement malgré la propagation lente de la pandémie ou emmener la population à mieux comprendre le danger de cette maladie et prendre des mesures concrètes pour les soutenir financièrement ?

LES PLUS LUS